Des milliers de tracteurs sur Paris aujourd'hui....

Mickaël Poillion : « La variation des cours est devenue ingérable »

mardi 27.04.2010, 05:09

 Mickaël Poillion : « La variation des cours est devenue
ingérable » «Dès que l'on produit trop, la mécanique spéculative se met en route.»

Installé à Héricourt (Ternois), Mickaël Poillion, Chef de file de la liste des Jeunes Agriculteurs aux élections régionales, milite pour une mutation de l'agriculture.

- Partagez-vous l'inquiétude des manifestants ?

« Je comprends leur désarroi. Depuis la réforme de la politique agricole commune en 2003, les outils de régulation des marchés européens sur les céréales et sur le lait ont disparu. En 2007, les cours se sont affolés à la hausse, et depuis 2008, ils chutent. Les charges ne baissent pas autant que la descente vertigineuse des cours. Pour le lait et les céréales, ils ont diminué de moitié. Cette variation est devenue ingérable à l'échelle d'une exploitation. Les agriculteurs ne sont pas formés pour être des chefs d'entreprise spécialisés dans la spéculation. Ils ont investi quand il y a eu un emballement, et depuis les prix se sont cassé la figure. Les aides européennes ne jouent plus le rôle d'amortisseur. Nous sommes devenus très fragiles. »

- Quels remèdes peut-on envisager ?

« On sait qu'il y a un marché européen d'environ 500 millions d'habitants. Il faut produire pour ce marché et pas davantage. Dès que l'on produit trop, la mécanique spéculative se met en route. Dans une course à la compétitivité mondiale, on va se tuer. Il faut se reposer la question de la maîtrise de la production. On ne pourra jamais rivaliser avec le Brésil pour l'exportation sur d'autres continents que l'Europe. De la même manière, si demain l'Europe arrête d'importer du soja qui vient des États-Unis pour l'alimentation animale, et si nous produisons nos protéines, on supprime une forme de dépendance. En France, c'est sur l'incroyable diversité de nos productions qu'il faut miser. »

- On pourrait vous reprocher de pratiquer le protectionnisme... « On peut me taxer de protectionnisme pour l'alimentation, ça ne me pose aucun problème. En réalité, ce n'est pas faire preuve de protectionnisme que de constater qu'il y a des grands bassins de consommation. Si une organisation mondiale reconnaissait leur existence, ça aiderait l'Afrique à se construire une agriculture sans être tributaire des cours mondiaux. Cela ne signifie pas qu'il faille arrêter les échanges, surtout pour des produits spécifiques comme certains fruits, mais réguler les échanges est devenu une question de bon sens. » • 

PROPOS RECUEILLIS PAR DOMINIQUE SERRA

La Voix du Nord