sirene

La situation des paysans français et européens est grave, mais surtout ne prenons aucune décision.

Pour preuve, ces quelques extraits de l’intervention du ministre de l’agriculture Bruno Le Maire sur France Inter cette semaine. A propos de la régulation des marchés agricoles mondiaux : « Ca prendra du temps, des années » admet le Ministre. On est allés beaucoup trop loin dans la libéralisation de ce marché là». Il se lance alors dans une défense à tous crins des aides agricoles.  « Il y a aussi des choix politiques à faire. Celui de la préférence communautaire. Ce n'est pas normal que les pommes du Chili se déversent chez nous par milliers de tonnes alors que nous en produisons chez nous. » Est-ce qu'il ne serait pas plus intelligent de mettre en place des circuits courts qui évitent aux produits agricoles de parcourir le chemin qu'il parcourt aujourd'hui ? « Nous, en Europe, nous sommes les champions d'un libre échange sans règles, sans contrôles, qui, à mon sens, est allé trop loin et doit être revisité.». Bingo, Monsieur Le Maire !

Le même jour que cette interview radio, des Jeunes Agriculteurs ont manifesté devant chez Sarko pour lui rappeler quelques engagements qu'il n'a pas respecté. A coup de discours grandiloquents, le

Président

de la République leur avait promis notamment en début d'année 2009 que les prix des matières premières resteraient élevés et qu'ainsi ils ne verraient pas passer le redéploiement des aides PAC opéré à la même époque.

Selon moi ce gouvernement a fait deux erreurs grossières montrant qu'il ne connaît pas le sujet et encore moins la complexité du secteur agricole et alimentaire. La première c'est de s'être engagé sur des cours de matières premières hauts alors qu'ils ont choisi voilà quelques années auparavant de balancer à la poubelle les outils de régulation de marché. La seconde c'est qu'il a redistribué des cartes sans y mettre les règles du jeu : les céréaliers ont perdu des aides au profit des éleveurs effectivement plus fragiles. Oui mais voilà, ce choix s'est fait dans une période instable pendant laquelle il aurait fallu recréer un lien entre ces deux mondes (élevage et culture céréalière) qui ne se parlent plus. Le syndicat Jeunes Agriculteurs avait appelé alors à un « contrat gagnant-gagnant », dans lequel le céréalier s'engageait à produire des céréales et des protéines pour l'éleveur qui lui s'engage sur la durée à lui prendre. Ce contrat permettait à l'un et à l'autre de gagner en lisibilité et en stabilité, un premier pas vers des nouvelles formes de régulation.

Aujourd'hui l'agriculture est en crise, les protections sont inopérantes, les aides PAC ne suffiront pas, Sarkozy fait de l'esbrouffe avec son plan  et Bruno Le Maire, ce grand naïf, découvre que le marché est dangereux pour les paysans, l'environnement et les consommateurs. Ouf, nous sommes sauvés ! Comme notre planète suite à dix jours de pseudo-décisions  !