L'agitation, les slogans faciles scandés plus ou moins forts, les feux, les larmes...et puis quoi ?

J'ai fait le choix, à contre coeur, de ne pas manifester aujourd'hui avec les Jeunes Agriculteurs et la FNSEA.

J'aurai l'impression de cautionner la médiocrité ambiante. Pourtant je suis convaincu et conscient que l'agriculture vit un virage difficile voir historique. Nous sommes en train de perdre les derniers bastions d'une agriculture dite "à taille humaine", familiale, pour un modèle à l'anglo-saxonne : capitalisé, concentré et industrialisé.

Cette manif va être une réussite en terme de mobilisation (on annonce 50 000 participants partout en France). C'est évident, car les paysans avaient besoin de s'exprimer. Cependant, la stratégie actuelle du "syndicalisme majoritaire" est incohérente et le besoin de remise en cause est urgent afin d'eviter le mur qui s'annonce.

Malheureusement cette mobilisation du 16 octobre va conforter cette stratégie, et c'est pour cette raison que je n'ai pas suivi le mouvement.

Car l’enjeu aujourd’hui est ailleurs. Il est plus grave. Il s'agit bien plus de sauver les producteurs que la production...Juste un exemple : le président des producteurs de porcs demande actuellemnt des aides européennes pour exporter le trop plein de porcs français qui, dumpés détruisent d’autres marchés et il appelle çà de la régulation ! Cette filière conserve sa capacité de production et perd à grande vitesse ses producteurs.

Manifester, c'est bien. Agir, c'est mieux et il y a deux choses à faire rapidement :

- un vrai débat  sur la fonction de l'agriculture française et européenne aujourd'hui avec des questions principales comme : doit-on relocaliser la production et la consommation ? doit-on preserver l'autonomie alimentaire, doit-on conserver un équilibre entre les territoires ? doit-on produire plus ou maitriser la production ?  doit-on encore exporter à l'aveugle ?  doit on faire des zones de production et des réserves environnementales ?  doit on se laisser dicter les orientations en fonction de la balance commerciale ou des industries agroalimentaires ?

- engager au plus vite un changement interne des organisations professionnelles agricoles (non cumul des mandats, remise à plat du statut coopératif pour que les paysans puissent se réapproprier leur milieu etc.)

Une dernière chose pour aujourd’hui, en l'honneur de cette journée mondiale de l'Alimentation : la maîtrise de la production permettra le développement ailleurs et la question est essentielle quand on sait que  1 milliard de paysans crèvent la faim.

La production non maitrisée ni en quantité ni en destination tue le milieu rural ici et empêche le développement ailleurs...